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LE DOMAINE DU CLOS DES FÉES, UN PEU DE MAGIE ET BEAUCOUP DE TRAVAIL

Portrait : Lauréat Vinoboss 2012

 

"J’aime le mot anglais expectations généralement traduit par " espérance " alors que je préfère " attente légitime " : si on a un grand terroir, un solide savoir-faire, un brin de talent et un soupçon de chance, alors, on devrait faire de bons vins. Après, c’est aux amateurs de décider. En tout cas, je pense de toutes mes forces que l’on a le droit d’essayer ".

 

C’est ainsi qu’Hervé Bizeul parle de son aventure à Vingrau, commencée il y a quinze ans à peine. Dans ce minuscule village de la vallée de l’Agly, terroir à l’époque négligé et aujourd’hui considéré comme l’un des plus prometteurs de France, Hervé et son épouse Claudine se sont installés en 1997, sans moyens, sans grande ambition non plus au début, si ce n’est celle de faire de leur mieux, de toutes leurs forces.

 

Né à Perpignan, rien ne le destinait pour autant à faire du vin, si ce n’est une passion dévorante, vécue d’abord comme sommelier puis, pendant quelques années, comme journaliste dans le vin. Trois arpents de vieilles vignes, une Renault 6, un ciseau de taille et un pulvérisateur à dos, quatre cuves en résine et une mauvaise pompe, la première année est une aventure en elle-même. Il n’y a pas vraiment d’enjeux financiers, pas d’ego non plus - lui qui empêche si souvent la naissance des vins de caractère - juste l’envie de laisser s’exprimer le potentiel de Grenaches centenaires, qui attendaient qu’on s’occupe d’eux comme des princes pour délivrer leur stupéfiant potentiel.

 

Aujourd’hui, Hervé et Claudine n’en reviennent toujours pas. Les vins du Clos des Fées sont réputés dans le monde entier, de crédits en crédits le vignoble s’est agrandi mais le domaine produit toujours peu car les vieilles vignes ne font que quelques grappes et la Petite Sibérie est devenu un vin culte, dont le souvenir de la dégustation fait briller les yeux de ceux qui ont eu la chance d’y goûter, des années après.?Une dégustation dans le minuscule garage où les vins sont toujours élaborés est un moment souvent inoubliable, où l’on parle plaisir, technique, repas en famille, partage, émotion et difficulté du métier de vigneron, dehors par tous les temps.

 

On monte en gamme, doucement, passant des vins de soif, du quotidien, sur le fruit et la tension, aux vins de garde, articulés autour de tannins toujours soyeux et mûrs, de plus en plus complexes, à la longueur incroyable. " Mais on peut faire la dégustation dans l’autre sens, c’est ma plus grande fierté, et revenir aux Sorcières (le vin qui a gagné Vinoboss cette année, ndlr), un vin rond et mûr qui s’accorde à tous les moments et redonne la joie de boire ".